L’Opep dans le brouillard sur l’état de l’offre au S2

par Rania El Gamal et Alex Lawler

DUBAI/LONDRES, 9 mai (Reuters) – L’Opep n’a pas les idées très claires sur ce que sera l’offre pétrolière du second semestre, les absences iraniennes et russes se faisant apparemment de plus en plus sentir sans que l’Arabie saoudite ne songe à extraire plus de peur de provoquer une chute des cours, ont dit des sources de l’organisation.

La Russie a coupé en avril l’oléoduc de Droujba, qui achemine le pétrole vers l’Allemagne et l’Europe de l’est, en raison d’une contamination provoquée par un composé chimique qui permet d’accélérer l’extraction et l’écoulement de l’or noir en nettoyant les puits.

Ce composé doit être supprimé avant d’expédier le pétrole car il peut détruire les équipements de raffinage et, à haute température, dégager du chlore toxique.

On ne sait pas combien de temps durera cette suspension.

Quant aux exportations iraniennes, elles vont sans doute baisser encore ce mois-ci en raison des nouvelles sanctions américaines. Les livraisons en provenance du Venezuela, elles aussi touchées par ces mesures de rétorsion, risquent de diminuer dans les semaines qui viennent.

Le manque d’informations est un vrai casse-tête pour l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses alliés emmenés par la Russie, désignés sous le nom commun Opep+.

L’Opep+ doit se réunir en juin à Vienne pour décider s’il y a lieu de reconduire un accord d’encadrement de la production en place depuis le 1er janvier. Cette réunion plénière sera précédée, le 19 mai, d’un comité ministériel chargé de faire le point sur le marché et de soumettre des recommandations.

Deux délégués de l’Opep ont dit que l’incident russe, en sus des déficits d’exportation de l’Iran et du Venezuela, sera évoqué lors de la rencontre de Djeddah car il semble aller au-delà d’un simple problème technique.

Pour autant, a dit l’un des délégués, l’évolution du baril de Brent – qui est proche des 70 dollars, à comparer au pic de 2019 de 75,60 dollars en avril – laisse penser que les traders ne perçoivent aucun risque de pénurie.

D’autres sources de l’Opep font état d’opinions divergentes sur l’importance de l’incident russe et font valoir que la complexité du réseau d’oléoducs russe ne contribue pas à simplifier les choses.

“Je ne vois guère d’impact en termes de pénurie de l’offre”, a observé un autre délégué du cartel.

MARCHÉ SOUS TENSION

Mais les analystes de Citigroup le jugent suffisamment significatif pour altérer l’équilibre de l’offre et de la demande.

“Même s’il reste difficile d’évaluer l’impact définitif, la gravité du problème pourrait se traduire par 400.000 barils par jour (bpj) d’exportations russes en moins sur le marché pendant une période plus longue qu’on ne l’avait anticipé”, écrivent-ils.

Ce qui mettrait un peu plus le marché sous tension dans la mesure où l’Opep avait observé qu’avant même que les Russes fassent défaut la demande devait dépasser l’offre de plus de 800.000 bpj au troisième trimestre.

Une nouvelle coupe russe impliquerait que les producteurs de l’Opep+ dépasseraient leur quota de réduction de la production encore plus.

Quant à l’ampleur de la chute des exportations iraniennes ce mois-ci, elle reste à déterminer.

La Chine, premier client de l’Iran, doit encore dire si elle continuera d’acheter du brut de ce pays en dépit de la décision des Etats-Unis d’abroger toutes les exemptions qui avaient permis au pétrole iranien de continuer à s’exporter au moins en partie.

L’Opep, la Russie et d’autres pays producteurs non membres de l’organisation ont décidé de réduire leur production cumulée de 1,2 million de bpj à compter du 1er janvier 2019 et pour une période de six mois, afin de couper court à l’accumulation des stocks et à la baisse des cours.

L’Opep a accepté de réduire ses propres extractions de 800.000 bpj mais elle va bien au-delà en raison des déficits iranien et vénézuélien, ces deux pays n’étant pas assujettis à l’accord d’encadrement.

Le président américain Donald Trump a dit qu’il avait pris contact avec l’Opep et avec l’Arabie saoudite, son leader de fait, pour leur demander de faire baisser les prix pétroliers. Ce que Riyad ne semble pas disposé à faire.

Une source du Golfe au fait des projets saoudiens a dit mercredi que le royaume avait été sollicité par des pays qui se fournissaient jusque là en Iran pour lui acheter des montants de pétrole limités, sans que cela remette en cause l’observance du quota Opep+ en juin.

L’Irak, un autre pays de l’Opep capable d’augmenter sa production dans les plus brefs délais, a dit dimanche qu’il ne déciderait pas de son propre chef d’une augmentation de la production.

(avec Dimitri Jdannikov, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny)



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