Faut-il vraiment anticiper une récession face à l’inversion de la courbe des taux?

© Reuters.

Par David Wagner

Investing.com – Après avoir progressé mardi face à l’amélioration surprise des relations Chine-USA, les marchés boursiers mondiaux ont plongé hier, dans un mouvement que l’on pourrait presque qualifier de panique, face à l’inversion de la courbe des taux US qui laisse craindre une récession aux Etats-Unis.

Le a en effet perdu plus de 2% en clôture hier, de même que le allemand. L’impact sur les Indices US a été encore plus marqué, avec une chute de -2.93% du , et de -3.05% pour le .

La principale mesure de la courbe des taux s’est donc brièvement inversée mercredi, le rendement du bon du Trésor à 10 ans tombant sous celui du bon du Trésor à 2 ans.

Un rallye des obligations mondiales en lien avec la publication de données économiques décevantes en Chine et en Allemagne a fait baisser les rendements des obligations à long terme. Le rendement des bons du Trésor à 10 ans est tombé à 1,574 %, se négociant brièvement autour de 1 point de base en dessous du rendement des bons du Trésor à 2 ans.

Mais alors que les inversions de la courbe des taux sont considérées comme un indicateur fiable de la récession, on peut se demander si la réaction du marché n’a pas été un peu trop exagérée.

Pour le savoir, faisons le point sur la situation :

Qu’est-ce que la courbe des taux?

La courbe des taux est une ligne qui représente les rendements sur l’ensemble des échéances. En règle générale, elle est ascendante, les investisseurs exigeant une plus grande rémunération pour détenir une obligation pendant une plus longue période, compte tenu du risque d’inflation et d’autres incertitudes.

Une courbe des taux inversée peut être expliquée par divers facteurs : Les taux à court terme pourraient être élevés parce que la politique monétaire trop restrictive ralentit l’économie, ou parce que les inquiétudes des investisseurs au sujet de la croissance économique future alimentent la demande de bons du Trésor à long terme, ce qui fait mécaniquement baisser les taux de ces obligations.

Toutefois, comme l’a souligné la Fed de San-Francisco dans document de recherche publié en août 2018, d’un point de vue historique, le lien de causalité entre inversion de la courbe des taux et récession “peut avoir été dans les deux sens”, ce qui tend à remettre en question le caractère prédictif d’une récession généralement attribué à l’inversion de la courbe des taux.

Pourquoi est-ce important ?

Si le marché a paniqué face à l’inversion de la courbe des taux, c’est davantage en raison d’un réflexe lié à l’expérience qu’en raison d’un raisonnement économique.

La version 2 ans/10 ans de la courbe des taux a en effet précédé chacune des sept dernières récessions.

D’autres mesures de la courbe de rendement se sont déjà inversées, notamment l’écart à 3 mois/10 ans largement observé utilisé par la Réserve fédérale pour évaluer les probabilités de récession, mais la courbe 2ans/10ans reste la plus importante aux yeux du marché en raison des données historiques.

Une récession est-elle réellement imminente?

Bien que l’inversion de la courbe des taux constitue un signal de récession empiriquement fiable, rien n’est sûr. Certains économistes ont en effet souligné que la Fed a faussé la courbe des taux avec ses programmes QE d’achats massifs de bons du Trésor (entre autres). De plus, les banques centrales mondiales ont elles aussi acheté en masse des obligations d’État et fait chuter les rendements à long terme, ce qui pourrait avoir incité les investisseurs obligataires privés à se tourner vers les États-Unis, face aux taux négatifs affichés au Japon et en Europe par exemple, accentuant les mouvements de taux US.

Certains décideurs de la Fed, dont le président de la Fed de New York John Williams, ont également remis en question l’importance primordiale accordée par les investisseurs à cet indicateur, le considérant comme une mesure parmi tant d’autres qui pourrait signaler des difficultés économiques.

Et quand bien même la courbe des taux annoncerait effectivement une récession future, les données historiques montrent qu’il est inutile de s’empresser de paniquer. En effet, depuis 1956, les récessions ont commencé en moyenne environ 15 mois après l’inversion de l’écart de 2 ans/10 ans, selon un rapport de Bank of America (NYSE:) Merrill Lynch.

On peut donc estimer que la panique affichée par les marchés hier a été exagérée, ce qui tend à être confirmé par le rebond amorcé par le bourses européennes à l’ouverture des marchés ce jeudi.

Enfin, il ne faut pas oublier que d’autres sujets sont aussi susceptibles de largement influencer les marchés en cette période agitée, avec notamment la guerre commerciale Chine-USA, et la possibilité de voir la Fed abaisser davantage ses taux.

Laisser un commentaire